Un océan pollué par des tampons.

Pollution de l’océan et menstruations : les cycles naturels menacés | Mme L'Ovary

Un danger plane sur le grand cycle de la vie : la pollution de l’océan.

Il est pourtant si bien conçu, ce grand cycle. Après la pluie vient le beau temps; après l’hiver, le printemps, et ainsi de suite.

N’est-il pas rassurant que de savoir que bonheur reviendra, que malheur passera? Dans la nature comme dans le corps humain, les cycles se succèdent et se ressemblent.

L’être humain, essentiellement composé d’eau…

Cycle océanique.

Cycle menstruel.

L’océan, berceau de la vie en général, et l’utérus, lieu de création de la vie humaine, sont en connexion. Leurs santés respectives sont interdépendantes.

Or, aujourd’hui, elles sont toutes deux menacées.

Dans le cadre de la Semaine de l’Océan, Mme L’Ovary s’associe à l’Organisation Bleue pour souligner les enjeux que représentent la pollution de l’océan par le plastique et la présence dans l’environnement des SPFA, dont ceux provenant des produits menstruels, pour la santé des écosystèmes naturels.

Nous dresserons un parallèle aussi spirituel que concret entre le cycle des marées et le cycle menstruel afin de sensibiliser la collectivité à la menace qui pèse sur ces deux phénomènes naturels essentiels.

Enfin, nous mettrons en lumière comment la santé reproductive des personnes porteuses d’utérus en est affectée et apporterons quelques pistes de solutions concrètes pour modifier nos habitudes.

Une fois que nous aurons compris, en tant que société, que c’est toute une future génération d’humains qui subira les conséquences de notre inaction, nous ne pourrons faire autrement que de contribuer activement, à travers nos choix quotidiens, à réduire la pollution dans les océans.

En quoi le cycle des marées et le cycle menstruel se ressemblent-ils?

S’il a toujours été naturel de dresser un parallèle entre le cycle océanique et le cycle menstruel, c’est notamment pour les raisons suivantes…

Ils subissent l’influence de la Lune

La science a depuis longtemps démontré comment les marées océaniques sont influencées par la Lune. La force gravitationnelle que cette dernière exerce sur la Terre en rotation attire les masses d'eau vers elle, créant ainsi des marées hautes de part et d’autre du globe.

Bien que l’influence de la Lune sur les menstruations soit hypothétique, elle reste cependant facile à concevoir. Leurs cycles respectifs ont tous deux une durée similaire : environ 29,5 jours pour la Lune et entre 27 et 29 jours pour les menstruations.

Cette coïncidence, doublée d’une régularité inhérente aux deux phénomènes, a conduit certaines cultures à conférer à la Lune un pouvoir sur la régulation du cycle menstruel et à tisser un lien entre la femme et l’océan dans leur mythologie.

Pensons à Mama Quilla, déesse de la Lune et protectrice des femmes chez les Incas, ou encore à Téthys, déesse féconde des mers et des fleuves qui nourrissent la terre chez les Grecs.

Même Charles Darwin, auteur de la théorie de l’évolution, croyait que les différentes phases du cycle lunaire étaient synchronisées à celles du cycle menstruel, conférant ainsi à la Lune un pouvoir sur la reproduction humaine et animale.

Une personne baigne dans l'océan au milieu des vagues.

Ils comportent différentes phases

Le parallèle entre les phases océaniques de flux et de reflux et les phases du cycle menstruel repose sur des rythmes naturels et réguliers qui se manifestent par des phases de montée, de pic, de descente et de repos. Voici la symbolique qu’on peut leur prêter.

Le flux et la phase folliculaire

À marée montante, le flux représente une période de croissance et d'accumulation d'énergie.

Similairement, lors de la phase folliculaire, qui suit la période menstruelle, les ovaires préparent un nouvel ovule et l'endomètre commence à se régénérer, ce qui symbolise la préparation et la montée en puissance vers l'ovulation.

La marée haute et l’ovulation

À marée haute, point culminant du flux, l'eau est à son niveau le plus élevé; l’énergie est à son apogée.

Lors de l’ovulation, la fertilité est elle aussi à son apogée. L’ovule alors libéré symbolise le pic de potentialité reproductive et d'énergie biologique.

Le reflux et la phase lutéale

En phase de reflux, l'eau commence à diminuer en hauteur, se préparant tranquillement pour la prochaine marée.

De la même façon, dans sa phase lutéale, qui suit l’ovulation, le corps se prépare soit à soutenir une grossesse, soit à recommencer le cycle. C’est un symbole de transition et de préparation pour un nouveau début.

La marée basse et la phase menstruelle

À marée basse, ou en basse mer, le niveau de l'eau est à son plus bas. L’océan prend comme un moment de repos et de renouveau avant le prochain flux.

Pareillement, au début du cycle menstruel, la muqueuse utérine est expulsée avec l’ovule non fécondé, et l’utérus en est purifié et renouvelé pour le prochain cycle.

Leurs humeurs varient et fluctuent

Conditions météo, courants changeants, pression atmosphérique, mouvements tectoniques; nombreux sont les facteurs pouvant affecter l’humeur de l’océan.

Tantôt calme et accueillant, tantôt tempétueux et déchaîné, il n’est pas sans rappeler les différentes vagues émotionnelles que traverse une personne menstruée à l’intérieur d’un cycle.

L'océan et ses vagues comme symbole des fluctuations hormonales du cycle menstruel.

Ils sont en symbiose avec l'environnement

L'océan et le cycle menstruel sont, chacun à leur façon, des systèmes de renouvellement et de purification.

Grâce à des phénomènes naturels comme la remontée d’eau et la sédimentation, l’océan capte et recycle les nutriments. Lorsque ces fonctions sont altérées, l’équilibre et la santé de tous les écosystèmes marins s’en trouvent affectées.

De façon similaire, lorsque la santé reproductive est au rendez-vous, le cycle menstruel permet le développement d’un embryon sain.

Il est donc important de rester en harmonie avec son corps, et de respecter et honorer ses cycles biologiques, de la même manière qu'il est crucial de protéger et de respecter l'écosystème océanique, ultime baromètre de la santé du globe que nous habitons.

Quel est l’impact de la pollution plastique sur l’océan?

Malheureusement, il est difficile aujourd’hui de rester insensible face aux données qui s’accumulent sur la pollution de l’océan par le plastique.

Dans son Rapport 2019 à 2024 intitulé Portrait de la pollution plastique dans l’Est du Canada : Des Grands Lacs jusqu’à Terre-Neuve, L’Organisation Beue rapportait que «87% des déchets plastiques que nous générons se retrouvent dans des sites d’enfouissement ou dans l’environnement».

Les applicateurs de tampons jetables font malheureusement partie du triste top 20 des déchets plastiques les plus fréquemment ramassés par leurs équipes lors des grands nettoyages organisés dans le cadre de la rédaction de leur rapport.

Or, la pollution plastique dans l’océan a des conséquences multiples et majeures sur la faune marine et sur les écosystèmes. Parmi les plus importantes, notons que :

  • … les récifs coralliens, les berges et les habitats de nidification d’oiseaux marins et de tortues sont endommagés par les déchets de plastique, créant de la détresse, de la souffrance et même la mort chez les animaux qui en dépendent;
  • … les microplastiques (on appelle ainsi les plastiques de moins de 5 mm de superficie, souvent eux-mêmes des débris de plus gros morceaux de plastique) sont ingérés par les animaux marins, dont le phytoplancton, ce qui perturbe l’entièreté de la chaîne alimentaire, incluant l’humain;
  • … la présence de plastique non-décomposable altère les processus de décomposition et de sédimentation, ce qui impacte directement les cycles naturels des nutriments.
Une main gantée montre des applicateurs tampons à travers les déchets laissés par la pollution de l'océan.

Et les SPFA dans l’eau?

Or, si les déchets plastiques et leur accumulation, qu’on surnomme aujourd’hui les «océans de plastique», sautent aux yeux en raison de leurs formes et de leurs couleurs variées, il existe d’autres types de polluants, tout aussi présents, mais plus subtils et plus vicieux, auxquels il vaut la peine de s’attarder: les SPFA (ou PFAS en anglais).

Que sont les SPFA et comment se retrouvent-ils dans l’océan?

«SPFA» est un acronyme qui signifie «substances per- ou polyfluoroalkyliques». Ce sont différents composés chimiques (plus de 4700 connus à ce jour) utilisés pour leurs propriétés de résistance à l'eau, à l'huile et à la chaleur.

On les retrouve dans une variété de produits, notamment :

  • Les emballages alimentaires comme les sacs de maïs à éclater au micro-ondes, les boîtes à pizza et les emballages de restauration rapide;
  • Les textiles et les vêtements, pour rendre les tissus imperméables et résistants aux taches. Pensons entre autres aux vêtements d'extérieur et de sport, aux culottes menstruelles lavables, aux tapis, aux meubles rembourrés et aux rideaux;
  • Les produits de nettoyage et de polissage pour la maison et la voiture;
  • Les poêles et autres ustensiles de cuisine antiadhésifs;
  • Les cosmétiques, y compris les fonds de teint, les rouges à lèvres et les mascaras, pour améliorer leur durabilité et leur résistance à l'eau;
  • Les mousses utilisées pour éteindre les incendies;
  • Les appareils électroniques, pour augmenter leur résistance à la chaleur et à la dégradation chimique;
  • Divers revêtements industriels, pour les protéger contre les produits chimiques et les températures extrêmes.

Les SPFA, initialement appréciés pour leurs propriétés uniques, sont maintenant sujets à de sérieuses préoccupations environnementales et sanitaires. Il a en effet été démontré que ces substances ne se décomposent pas, d’où leur surnom de «polluants éternels».

Tous ces produits que nous utilisons au quotidien sont rincés dans nos éviers, lavés dans nos machines à lessive, arrosés au boyau, dégageant des résidus dans l’environnement.

Ces résidus, composés entre autres de SPFA, aboutissent et s’accumulent sous forme de pollution dans les océans, sur la terre et dans les organismes vivants, perturbant les cycles naturels et biologiques et menaçant la santé de toute la planète.

 

Des résidus plastiques de produits d'hygiène traînent sur la berge.

Les risques des SPFA pour la santé reproductive féminine

Si les SPFA présentent des risques réels pour la santé humaine, c’est entre autres qu’ils persistent dans l'environnement et s'accumulent à l’intérieur des organismes vivants, ce qui leur confère un certain pouvoir de toxicité. En d’autres termes, les SPFA transforment tous les écosystèmes qu’ils polluent en dépotoirs.

Les effets sur la santé sont généralement associés à une exposition prolongée ou à des niveaux élevés de SPFA, mais même des expositions à des concentrations relativement faibles peuvent poser des risques.

On parle notamment de troubles de la fonction thyroïdienne comme l'hypothyroïdie, qui impacte le métabolisme et la santé générale.

On qualifie également les SPFA de perturbateurs endocriniens, car ils interfèrent avec les hormones naturelles du corps, impactant notamment le cycle menstruel et le système reproducteur.

On les associe à un risque accru de développer certains types de cancers, notamment les cancers du rein et des ovaires, entraînant des problèmes de fertilité chez les personnes porteuses d’utérus.

D’ailleurs, l'exposition prénatale aux SPFA serait elle-même préoccupante, car elle pourrait affecter le développement du fœtus, entraînant des malformations à la naissance et des troubles cognitifs et comportementaux chez les enfants.

Quelques pistes de solutions

À la lumière de ces informations, l’urgence d’agir contre la pollution des océans est manifeste, et l’action doit se faire sur plusieurs plans en parallèle. À notre échelle en tant qu’individu, quelles options s’offrent à nous si nous souhaitons avoir un impact réel et concret?

Pour réduire son impact sur la pollution dans les océans

En tant que personnes menstruées, notre action pour réduire la pollution dans les océans commence par l'adoption d'habitudes plus écologiques en termes de protection menstruelle. Tout en respectant notre propre rythme, nous pouvons choisir de :

La transition peut se faire en douceur, inutile de bousculer toutes ses habitudes en même temps, au risque de ne se créer que des frustrations. ll est possible, par exemple, de commencer par porter sa culotte menstruelle le week-end et de s’en tenir aux protections jetables pour aller au travail en semaine.

Avec le temps, ces habitudes seront modifiées au gré de nos besoins et de nos envies, c’est le cours naturel de la vie : laissons-le couler, tout en orientant son flow dans la bonne direction…

Il est même possible maintenant de profiter de remboursements offerts par plus de 200 municipalités à ce jour afin de rentabiliser son achat de produits menstruels durables en une fraction du temps, et ce, grâce au mouvement #sangdéchet lancé en 2020 par Mme L’Ovary.

Notre petite entreprise, essentiellement composée de femmes, a à cœur de tendre vers le zéro-déchet. Cette valeur, au centre de notre mission et de nos opérations, guide nos décisions depuis le jour un, et nous en sommes fières.

Une affiche posée sur un îlot de déchets appelle à une diminution de la production de déchets et à un meilleur soin apporté à la planète.

Pour réduire son exposition aux SPFA

Cela dit, même en faisant des choix conscients comme celui de passer aux culottes menstruelles lavables, avec des scandales comme celui de Thinx et les SPFA (PFAS) en 2023, nous réalisons qu’il n’est pas toujours facile de savoir exactement ce qui compose les produits que nous achetons. 

Un premier truc serait de rechercher des produits avec une écoétiquette comme la certification textile biologique et écologique GOTS (Global Organic Textile Standard), ou encore OEKO-TEX® STANDARD 100, gage de qualité sanitaire et écologique des textiles et des cuirs.

Une autre bonne habitude à prendre : s’approvisionner auprès d’entreprises qui misent sur la transparence, car elles savent que c’est un bon argument de vente (comme nous, qui vous parlons ici de notre certification sans SPFA/PFAS).

Bien entendu, cela implique de faire preuve de curiosité, d’aller chercher l’info sur les sites web ou les blogues des marques qui nous interpellent, de lire les articles média qui testent et approuvent les produits (profitez-en, ils ont fait le travail pour nous), mais notre santé en vaut l’effort.

Appel à la collectivité : prenons action !

Plusieurs pays dans le monde ont déjà compris toute l’importance de préserver les cycles naturels et ont pris des mesures pour réduire la pollution des océans.

La Chambre des représentants des États-Unis a déposé en avril 2024 le projet de loi 8074 intitulé : The Forever Chemical Regulation and Accountability Act of 2024 (ou «FCRAA 2024»), qui vise à éliminer graduellement, sur une période de 10 ans, toute utilisation jugée non-essentielle de SPFA.

Par ailleurs, le Canada, bien qu’il envisage de réglementer l'ensemble des SPFA en tant que classe de substances toxiques en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement, n’a présenté à ce jour aucun projet de loi en ce sens, encore moins qui vise les produits menstruels de manière spécifique.

C’est donc mues par une vague de L’Ove pour notre collectivité, pour nos sœurs, nos frères et nos enfants, pour nos océans et notre Terre-Mère, que nous appelons à l'action collective et lançons aujourd’hui cette pétition.

Nous demandons que le Gouvernement du Canada se penche sérieusement sur la question et prenne les décisions qui s’imposent pour bannir une fois pour toutes l’utilisation de SPFA dans la fabrication de produits menstruels.

Unissons-nous et partageons en grand nombre. Il en va de notre survie en tant qu’espèce.

Viva !