12 moments-clés de l’histoire des femmes

histoire des femmes au québec

Bien entendu, le chemin de l’émancipation des femmes n’est pas encore arrivé à destination. Mais c’est inspirant de se rappeler les moments-clés qui nous en rapprochent, et les femmes qui en sont le visage (et l’utérus!). Regarder en arrière pour mieux aller de l’avant. 

En ce mois des droits des femmes, on est appelées à fermer les yeux et se laisser porter par cette immense vague de gratitude pour toutes les femmes qui ont marché avant nous sur le chemin de l’émancipation. 

Pour que notre existence soit non seulement un peu plus douce, mais surtout reconnue. 

Je vois ces femmes comme des porteuses d’étoiles. Qui ont déversé une parcelle de constellation sur notre quotidien pour que nos nuits soient moins seules. Je les vois comme des badass qui, malgré le clergé, le patriarcat, ou quelconque système freinant leurs élans, ont refusé de se taire, au nom de toutes.  

C’est au fil des manifestations, des discours, des grandes premières et des petites victoires que notre émancipation a pris des couleurs. Cette émancipation, elle arbore les couleurs des sorcières avant nous, des femmes autochtones, des femmes noires, des femmes de la communauté LGBTQ+, de toutes les femmes. Dans leur grandeur et leur unicité. 

En ce mois des droits des femmes, je vous présente 12 moments-clés qui ont marqué l’histoire de l’émancipation des femmes au Québec, et plus largement au Canada. Pourquoi 12? Parce qu’on voulait en écrire 10, mais finalement il y a trop d’événements inspirants! Okay, c’est parti pour un voyage sur le chemin de nos mères et grands-mères, qui nous ont légué un monde un peu plus juste et humain. 

1. Le droit d’être… des personnes! 

Et oui! Avant 1929, les femmes n’étaient pas considérées comme des « personnes » aux yeux de la loi. Started from the bottom now we’re here! 

Un matin, 5 femmes militantes se sont levées et se sont rassemblées autour d’une tasse de thé pour parler de cette aberrance. Elles ont lancé une contestation judiciaire remettant en question la définition beaucoup trop étroite d’une « personne » en droit canadien. 

La Cour suprême a tranché que le mot « personne » excluait les femmes, mais elles ont refusé de baisser les bras et ont amené leur cause devant le plus haut tribunal du Canada à l’époque. 

Elles ont gagné. 

Grâce à la fougue de ces femmes – Emily Murphy, Nellie McClung, Louise McKinney, Irene Parlby et Henrietta Muir Edward, qu’on nomme aujourd’hui les Célèbres Cinq – on a pu investir les lieux de pouvoir. Et partir de quelque part. 

*À noter que les femmes autochtones ainsi que les femmes d’origine asiatique n’étaient pas encore incluses dans cette décision. 

droit de vote des femmes au québec2. Le droit de vote : le symbole d’une ébauche d’égalité 

En 1940, les Québécoises obtiennent le droit de vote et le droit d’être élues au provincial, après des années de lutte sans relâche. À défaut d’être à la tête, on pouvait au moins voter pour qui le serait. Un bon début!  

Thérèse Casgrain et Idola Saint-Jean ont été des plus ferventes militantes pour l’obtention du droit de vote (merci merci merci!). Les mots d’Idola résonnent encore aujourd’hui : « Les féministes ne veulent pas que la femme se “masculinise”, elles veulent que les qualités féminines rayonnent, dans la politique. » 

Souvent grandes oubliées de l’histoire québécoise, il est essentiel de souligner que les femmes autochtones (tout comme les hommes d’ailleurs) n’obtiennent le droit de vote que 29 ans plus tard, soit en 1969. 

Merci à ces femmes qui se sont battues, non seulement par simple volonté d’égalité politique, mais aussi et surtout pour amener les gouvernements à considérer les questions d’équité et de justice. Le droit de vote des femmes a ouvert la porte vers une révolution beaucoup plus large. 

3. La pilule contraceptive : une toute petite pilule qui nous permet de voir notre avenir plus grand 

Il n’y a pas si longtemps de cela, la contraception était un crime passible d’une peine d’emprisonnement. C’est fou, n’est-ce pas? 

Ce n’est qu’en 1969 que la contraception est décriminalisée, tout comme l’avortement thérapeutique et l’homosexualité. Hourra!  

On en profite pour souligner une badass woman qui a défié les lois pour faire avancer la cause à vitesse grand F.  

Renée Rowan, journaliste passionnée par les sujets tabous, a publié un article dans La Revue Populaire, intitulé « La régulation des naissances : la joie d’avoir un enfant quand nous l’avons voulu ». Je ne sais pas pour vous, mais j’aurais aimé voir la face du premier ministre à cette époque en lisant cet article sur le contrôle de la fécondité. 😉 

droit avortement femmes au Québec

4. Le droit à l’avortement : (re)prendre notre pouvoir sur notre corps

Comme mentionné plus haut, l’avortement thérapeutique a été décriminalisé en 1969, c’est-à-dire uniquement dans les cas où la santé des femmes était en danger (on s’entend que la santé mentale ne comptait pas pour beaucoup…). Il a fallu attendre jusqu’en 1988 pour que l’avortement soit totalement décriminalisé au Québec. 

Ce sont des femmes qui ont assumé le leadership politique et idéologique de cette question-là, notamment rassemblées en un groupe nommé le Comité de lutte pour la contraception et l’avortement libres et gratuits. 

Moment de silence pour ce petit noyau de féministes qui ont mené la lutte tout en donnant des services clandestins, dans les coins d’ombre qu’elles pouvaient dénicher. Parce qu’ avant, c’était la façon d’obtenir ce soin de santé; à l’abri des regards et dans le silence absolu. 

Une autre petite (grande) victoire.

5. La fin de la subordination des femmes mariées : allô, on existe en tant qu’individu à part entière! 

Ce moment paraît si lointain et révolu, mais pas tant que ça! 

Avant 1964, les femmes ne pouvaient pas avoir un compte de banque, ni signer de contrats, ni exercer une profession distincte de celle de leur mari (!!!). Nos grands-mères avaient l’obligation légale d’obéir à leur époux! Les lois se fichaient bien que l’humanité toute entière passe par nos utérus. 

Heureusement, grâce à l’influence de Claire Kirkland-Casgrain première femme nommée ministre au gouvernement québécois on adopte la fameuse loi 16, qui donne aux femmes mariées la capacité juridique de simplement… exister! 

6. Les années 1970 : les voix des femmes font écho dans les arts 

L’art est un puissant moyen d’expression, et les femmes en ont fait un prolongement de leurs corps et de leurs idées bouillonnantes dans les années 1970. Cette période est marquée par une effervescence artistique collective dépeinte dans le cinéma, le théâtre, les arts visuels, la chanson et l’écriture. 

Parmi d’autres, on aimerait évoquer la fondation du Théâtre des Cuisines par six militantes féministes, dont Véronique O’Leary. Ces femmes ont fait de ce théâtre engagé l’arène de l’expression féministe sans filtre, où les rôles sociaux étaient sciemment remis en question.   « Nous aurons les enfants que nous voulons », leur première pièce collective, sera jouée le 8 mars 1974 devant des milliers de personnes à Montréal, rompant le silence entourant la question de l’avortement depuis trop longtemps.

7. Le premier bar pour clientèle lesbienne à Montréal : avoir du fun sans se faire harceler

Ça semble banal comme ça, mais l’émancipation des femmes prend racines dans de petits événements comme celui-là. En 1973, le premier bar exclusivement pour lesbiennes voit le jour à Montréal : le Baby Face Disco. La propriétaire, Denise Cassidy, avait la vision d’un espace où les femmes se sentiraient en sécurité, libres d’avoir du fun sans soucis. 

Dans ces années-là, le mouvement lesbien, et plus largement le mouvement LGBTQ+, prend de l’ampleur et ça insuffle un vent de fraîcheur. 

8. Les femmes autochtones s’approprient la lutte féministe, pas à pas 

Avez-vous déjà entendu parler de la marche des femmes autochtones d’Oka à Ottawa en 1979? 

Elles ont marché 110 miles pour scander leur colère face aux conditions de vie dans les réserves et dénoncer le caractère discriminatoire de la Loi sur les Indiens. 

Leurs pas lourds traçaient dans les rues 110 ans d’injustice, laissant une marque profonde au passage. Pour que personne ne puisse plus l’ignorer. 

Cette marche constitue un tournant dans l’histoire des femmes autochtones, puisqu’elle n’avait pas été organisée par une association officielle, mais par une gang de femmes qui estimaient que la persécution avait assez duré. Elles avaient déjà largement soulevé la question dans l’intimité de leur cuisine, et portaient désormais le débat au grand jour dans l’espace public. 

9. La légalisation de la pratique des sages-femmes : une victoire pour humaniser l’accouchement 

En 1998, le gouvernement du Québec légalise la pratique des sages-femmes! 

Merci gouvernement, mais le véritable mérite va à toutes ces femmes qui ont pris part au combat pour la reconnaissance de cette profession. Pour qu’on puisse se réapproprier la naissance, porteuse d’une signification profonde dans la vie de plusieurs femmes. 

La sage-femme Isabelle Brabant a été une figure importante du mouvement. Sa vision est vibrante; elle voulait redonner à l’accouchement sa beauté, en rendant accessible une approche plus humaine. Elle a assisté des centaines de femmes et couples, en honorant le courage inouï des femmes et la créativité des conjoint.e.s. Après tout, la grossesse concerne directement les droits des femmes sur leurs corps! 

Rosemary Wedderburn Brown10. L’élection de la première femme noire en tant que membre d’un parlement provincial 

« Être noire et être une femme dans une société à la fois raciste et sexiste fait en sorte qu’on n’a pas d’autres choix que de se mettre debout et de lutter. » Rosemary Wedderburn Brown 

Rosemary Wedderburn Brown est non seulement la première femme noire élue à une assemblée provinciale législative au Canada, mais également la première femme à se présenter à la course à la direction du NPD, avec le slogan « Brown is Beautiful ».  

Cette féministe convaincue et convaincante s’est levée pour l’intersectionnalité, avant même que ce mot soit à la mode! Durant les 14 années durant lesquelles elle a siégé comme députée, et tout au long de sa vie, elle a contribué à faire tomber les barrières raciales dans l’espace politique, et a fortement inspiré le féminisme noir au Canada. 

11. Le premier organisme pour les personnes trans au Québec : aider la diversité à émerger 

Imaginez être une femme trans il y a une cinquantaine d’années. La lutte pour les droits des personnes trans est toujours en cours, mais leurs réalités étaient autrefois complètement invisibilisées. 

Heureusement, Marie-Marcelle Godbout était sur Terre à cette époque. C’est grâce à elle que le premier grand organisme pour les personnes trans au Québec a vu le jour en 1980, soit l’Aide aux Trans du Québec (ATQ). 

Cet organisme a comblé de nombreuses lacunes importantes, en offrant un précieux soutien, des informations ainsi que des soins aux personnes trans. 

Marie-Marcelle est tellement hot qu’elle a mis en place une ligne d’écoute ouverte 24/24 dans sa propre maison! 

Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle aussi la mère Teresa des personnes trans! 

12. Amener l’émancipation jusque dans l’espace

Certaines femmes sont tellement incroyables qu’elles amènent l’émancipation outre-Terre! 

En 1992, Roberta Bondar est la première femme canadienne à voyager dans l’espace (et plus loin encore!). 

En 1999, c’est le tour de Julie Payette, la première femme québécoise à visiter la Station spatiale internationale. 

Je veux dire… OUI! On reprend tranquillement notre place face au patriarcat, mais en attendant, on va semer des graines dans l’Univers, littéralement. 

***

À la lumière de ce magnifique chemin parcouru, j’ai les yeux pleins d’étoiles pour l’avenir. 

Comme Monic Néron et Émilie Perreault le disent si bien, l’avenir nous appartient (Si vous avez manqué notre segment à cette merveilleuse émission, vous pouvez le réécouter ici). Je n’ai pas de solution « toute faite » pour renverser le patriarcat, mais je crois qu’en continuant à briller comme ça, il va finir par fondre sous les rayons de notre puissance féminine. 

Des petites pistes pour continuer à avancer dans la bonne direction → 

  • Inclusivité : Se rappeler que les droits des femmes sont les droits de toutes les femmes. On est une communauté tellement belle, colorée et diversifiée, et telle doit être notre lutte. C’est donc essentiel de reconnaître nos privilèges, les honorer, et s’en servir de manière lumineuse. 
  • Toujours continuer à s’éduquer : Éveiller perpétuellement notre conscience aux diverses réalités qui existent. Apprendre, grandir, faire des erreurs et apprendre encore. Always do better.  
  • Stronger together : Le chemin d’émancipation des femmes, c’est un chemin sur lequel l’humanité toute entière marche. Alors, aux hommes qui me lisent, je vous demande d’oser! Osez aborder ces questions entre vous, et avec nous. Déjà, si on parle de menstruations ouvertement, sans trouver ça répugnant ou malaisant, ce sera un immense début!!

En vous souhaitant une renaissance printanière des plus douces et vibrantes, rythmée par le chant des oiseaux et la douce mélodie de l’avancée de nos droits. 

 

SOURCES